Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 12:07

27

Malgré le bruit de la télévision, j'entends les autres crier aux fenêtres. Ce sont des fous, il fait deux degrés et ils se mettent à leur fenêtre, uniquement pour ne pas se sentir seul dans leur cellule. Ils font les caïds, certes, mais ce ne sont que des adolescents, sûrement affaiblis, tristes loin de leurs familles, et enfermés ici. Cette idée me rassure un peu. Finalement, ils sont un peu comme moi.

Mon voisin, Nasser, avec qui je n'ai jamais réellement eu de longues conversations, m'appelle à la fenêtre. Nasser vient de Trappes, il est ici car il a séquestré deux personnes dans une cave. Il m'a raconté qu'il s'amusait à leur brûler les ongles avec un briquet et il leur donnait à manger de la pâtée pour chien. Ses victimes ont passé une semaine dans la cave. Je n'en sais pas plus. Il est incarcéré depuis trois mois ici et fait sa peine tranquillement. Personne ne le provoque, je n'ai jamais compris pourquoi. Quelle chance il a de ne pas avoir à se préoccuper des conflits qu'il peut y avoir. Sûrement grâce à ce charisme qu'il dégage...
Quoi qu'il en soit, je n'ai pas envie de répondre. Je mets mon blouson sur la tête pour ne plus l'entendre frapper contre le mur.

Il insiste tellement que je décide de me lever, pour répondre. Mes pieds sont tellement gelés que j' ai mal à chaque pas que je fais. Je me mets devant la fenêtre, sors ma tête entre deux barreaux et je réponds en prenant une voix grave, comme à chaque fois que je parle à cette fenêtre pour me donner un air plus viril.


- Ouais Ouais ? tu veux quoi ?
- Putain tu fais quoi ? t'as mis du temps à répondre.
- Je dormais...
- Ouais sinon tu racontes quoi ?


Nasser paraît sympa, il ne m'a jamais vraiment dérangé. Comme je ne parle pas beaucoup, lorsqu'on s'intéresse à moi, je me laisse aller.

- Rien de spécial, à part que j'ai reçu plein de courrier, ça fait trop plaisir !
- Ah ouais ? t'as des photos de meufs ou quoi ? fais tourner ma gueule !
- Non non j'en ai pas.
- Qui c'est qui t'a écrit ?
- La famille...
- C'est bien, tu leur as répondu ?
- Nan nan, j'attends de recevoir ce que j'ai cantiné, enveloppes, papier, timbres...
- Attends je t'en donne si tu veux
- Ah ouais ? merci ce serait sympa !
- Ok mets ta main tout à gauche jusqu'à ce que tu atteignes la mienne !
- Ok.


Nasser me donne quelques enveloppes, du papier et des timbres. Je me demande si sa bonne action cache quelque chose. Je me souviens de l'expérience de la paire de chaussettes avec Carl.

- Ok, et sinon Olivier, t'as cantiné quoi d'autre ?


Je me disais bien...

- Ah, heu... rien de spécial, un rasoir, des affaires de toilette, un miroir... J'ai reçu un petit mandat donc j'ai pas pu beaucoup cantiner.
- Ok, si tu veux j ai deux morceaux de miroir je peux t'en passer un en attendant.


Je n'ose pas refuser. Une racaille qui refuse un cadeau n'est plus crédible.

- Ouais, vas y, donne.
- Ok mets ta main !


Je mets ma main vers la droite, le plus loin possible. Je sens le miroir, mais Nasser ne le lâche pas.
Je tire et lui dis qu'il peut le lâcher mais au lieu de cela, il le bouge dans tous les sens comme pour me couper la main avec son miroir cassé. Effrayé, je retire mon bras brusquement. Il me demande de remettre ma main en expliquant qu'il avait bougé car il avait peur que le miroir tombe par terre. Cette fois, j'arrive à le prendre, je le remercie et retourne me coucher, le miroir dans la main.

Allongé, j'observe mon visage dans ce miroir. Je n'ai jamais été aussi laid. Mes joues sont creuses, mes yeux rouges et minuscules, ma peau grasse. J'ai toujours été fier d'être un adolescent sans bouton et là, j'en aperçois une dizaine sur mon front.

Je regarde la télévision, dans l'espoir que le sommeil m'emporte avant minuit, heure de la coupure d'électricité sur l'étage des mineurs. Lorsque j'aurai une rallonge, il faudra vraiment que je me fasse ami avec le détenu majeur au dessus de moi !

Ce soir, au programme sur Canal Plus : Le pacte des loups . Pendant le film, le surveillant est passé une dizaine de fois regarder à l'œillet. Les surveillants le font pour vérifier si l'on est bien en vie, donc si on dort, ils nous appellent et frappent à la porte pour que l'on bouge.

Le film est terminé, je regarde maintenant les clips en attendant l'extinction des feux. Si au moins je pouvais m'endormir plus rapidement, le temps serait moins long ! Je m'endors enfin, la télévision allumée.
Par Olivier Soz
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 12:06

26

Je prends un ton de racaille :

- Ecoute moi bien, ici t'es en prison, tu connais personne, t'es tout seul. Si tu veux pas avoir de souci, tu me donnes tes baskets et ton pull.

- D'accord.

- Ok, et si tu me balances, là t'es mort.


Il enlève son pull et ses baskets sans broncher, je fais l'échange et lui dis de partir maintenant. Il part en marchant lentement.

Je vais vers Kalidou, et marche avec lui dans la promenade en faisant comme s'il ne s'était rien passé. Je ne veux pas parler de ce que je viens de faire.

Ramdam, un détenu avec qui je n'ai pas spécialement d'affinité vient vers nous.

- Olivier, t'as vu c'est un Levis son jean, pourquoi tu lui as pas pris ?
- C'est bon, j'pense que j'ai gagné ma journée là...
- Vas-y j'vais lui prendre moi !

Ramdam est le genre de détenu qui attend qu'une personne soit catégorisée comme victime et bien humiliée pour récupérer les restes. Le vautour du documentaire que j'ai vu cet après-midi.

- C'est bon, laisse-le tranquille, à force il va nous balancer...

Mais, ne prêtant pas attention à ce que je lui ai dit, il va vers Cedric et échange son jean contre son survêtement déchiré.

Les surveillants sifflent la fin de la promenade. Comme à chaque fois, par pure provocation, les détenus font exprès de mettre quinze minutes avant de tous sortir. C'est si amusant de voir les surveillants à l'entrée de la promenade sans oser y pénétrer. Je ne sais pas s'ils ont l'ordre de ne pas mettre un pied dans la promenade ou bien si c'est eux qui préfèrent ne pas s'y aventurer, mais d'un côté je les comprends, une mêlée est si vite formée.

Nous remontons dans nos cellules, je suis heureux que Cedric n'ai pas reçu de coup. Je ne suis pas spécialement un grand pacifiste, mais j'ai vécu l'expérience du bizutage trop récemment.

Je suis allongé sur mon lit, je regarde une série américaine les yeux dans le vague. J'aime bien ce feuilleton, la musique de fin du générique me fait penser qu'une journée de plus s'achève.

Je consomme mon repas en restant sur ma faim puis j'enfile deux pulls, deux bas de survêtements et m'allonge sous mon drap et ma couverture pour essayer de me réchauffer.
Par Olivier Soz
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 12:06

25

On m'appelle à la fenêtre, je crois reconnaître la voix enrouée de Kalidou.

- Ouais ! Ouais ? C'est qui là ?!
- C'est Kalidou ça va ou quoi ?
- Ouais ouais.


Dans la norme j'aurais demandé si lui allait bien aussi, mais aujourd'hui je ne suis pas vraiment d'humeur à m'inquiéter de la santé de mes co-détenus.

- Pourquoi t'es pas venu en promenade ce matin ?
- Parce que, t'as vu, j'ai reçu du courrier alors je l'ai lu.
- Ah ouais ? t'as reçu des photos de pétasses ? fais tourner mon ami !
- Je ne connais pas de pétasse.
- Allez arrête tes mitos ! j'suis sûr tu dois connaître trop de meufs, beau-gosse !
- J'ai reçu que des lettres de la famille.
- Et t'as une meuf ?


Là, il m'énerve... Je prends un ton plus sec.

- Non, mais j'ai une petite amie.
- Ok ok, t'énerve pas gros ! Heyy l'arrivant ? Heyy l'arrivant !!!! t'as vu il répond pas ce batard et il sort pas de sa cellule, c'est une victime !!!
- Attends j'vais essayer, vu que sa cellule est à côté.
Tout en donnant des coups de pieds dans le mur,
je l'appelle.
- Heyy Cédric ? réponds s'il te plaît. Il répond, timidement.
- Oui ?
- Salut, pourquoi tu vas pas en promenade ? t'as peur ou quoi ?
- Non non mais j'ai froid.
- T'es un fou Cedric, si tu restes dans ta cellule tu vas péter un plomb, faut que tu sortes un peu mon gars.
- Ouais ok j'irai en promenade cet après midi. »


Le pauvre... Et à cause de moi.

J'entends d'ici les autres détenus rire, ils s'imaginent déjà de quelle manière ils vont l'accueillir en promenade. Moi, ça ne me fait pas rire. Mais la prison, c'est ça, chacun pour sa gueule, provoquer et se réjouir du malheur d'autrui.

Et c'est moi qui suis censé le 'victimer'...

Si en promenade je fais le héros et que je le défends, c'est mort, je n'aurai plus aucune crédibilité. De plus, si je fais équipe avec lui, à deux contre quarante, ça risque d'être chaud. Je n'ai qu'une solution, le frapper en faisant attention de ne pas trop l'abîmer.

Je roule mon blouson pour le transformer en coussin, renifle l'odeur qu'il accumule de jour en jour et regarde Arte : un reportage réalisé en Afrique. Cinq lions dévorant une biche sans défense.

L'œillet bascule, un surveillant que je n'avais jamais vu auparavant entre.

- Soz, promenade ?
- Ouais.

Il attend que j'enfile mon blouson. Je lève les bras pour qu'il puisse me palper afin de vérifier que je n'ai rien qui puisse faire office d'arme sur moi et me demande d'attendre dans le couloir.

Là, je sers la main aux autres détenus qui attendent, sauf Walid qui me regarde de haut en bas, Carl qui me regarde en levant les yeux, tant il est petit et les violeurs qui regardent le sol.

Cédric sort de sa cellule. Il fait ma taille, châtain, yeux clairs et le visage plein de boutons. Il fait bien son âge, dix sept ans et je trouve qu'il ressemble à ces jeunes qui passent leur temps à réparer leurs mobylettes dans le garage de leurs grands pavillons.

Cédric observe tout le monde, je remarque ses mains qui tremblent, mais je ne lui adresse pas la parole. J'ai juste envie de lui hurler « retourne dans ta cellule ! change d'avis ! ».

Les portes s'ouvrent une à une le long de notre chemin pour atteindre la promenade. Nous arrivons dans cette grande cour. J'observe les miradors, les surveillants nous guettent, mais je sais d'avance que quoi qu'il puisse se passer, ils ne bougeront pas.

Les violeurs se sont mis au fond de la cour, pour ne pas être au milieu de la mêlée qui se prépare.

Je m'avance vers Cédric. Tout le monde me regarde et se prépare à sauter dans le tas, en attendant qu'un premier coup parte. Certains font craquer les os de leurs mains. L'intimidation est une arme très utilisée en prison. Je suis en face de lui, je lis dans ses yeux qu'il est mort de peur. Je ne le frapperai pas, c'est sûr.
Par Olivier Soz
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 12:05

24

Cher Jérôme,

Tout d'abord je te remercie pour le courrier que tu m'envoies régulièrement, ça m'aide beaucoup et ça fait plaisir de se rendre compte que je peux compter sur mes amis, dehors. Ici, c'est la routine. Je vais en cours tous les jours, ça se passe plutôt bien étant donné que je suis le meilleur de la classe. Pas si compliqué avec tous ces abrutis. J'ai reçu une lettre d'Olivia ce matin qui me disait que tu t'occupais bien d'elle, je t'en remercie.

Je commence à en avoir un peu marre, en fait on ne s'habitue pas ici, chaque jour est un jour de plus à survivre. Hier encore, je me suis battu en classe contre Walid, le violeur dont je t'ai parlé. Mais ce n'était pas très violent et je n'ai aucune trace.

Aussi, j'ai, comme prévu, passé mon bac il y a quelque temps. Je pense que ça s'est pas mal passé, pour les oraux, des profs se sont déplacés, j'ai peur qu'ils m'aient noté par rapport à ma situation actuelle. On verra bien.

Récemment, j'ai vu un psychologue désigné par le juge, il devait juger de ma dangerosité. Je pense que je l'ai convaincu. Aussi, mon père continue à faire des démarches pour me sortir d'ici, il est en relation avec une éducatrice que je vois ici qui doit faire un rapport au juge. Bref, j'espère que tout cela pourra me faire sortir plus tôt.
Passe le bonjour à tous.

Amicalement,

Olivier
Par Olivier Soz
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 12:03

23

La douche m'a fait du bien, je m'allonge sur mon lit et regarde, moqueur, le télé-achat.
Mais qui peut bien acheter ça ?!

L'œillet bascule, un surveillant entre.


- Soz, Voici ton courrier. Tu as... cinq, six, sept, huit lettres !!
- Merci ! Merci !
- Oui car en fait, étant donné que tu as changé de cellule, le courrier a été plus ou moins mis de côté.

Je m'allonge sur mon lit et observe une par une les enveloppes. Deux lettres officielles et le reste, des lettres manuscrites.

Je fais durer le plaisir, je pense que je vais mettre toute la matinée à toutes les ouvrir ! Quelle joie de recevoir du courrier. Le seul moment plaisant de la journée !Pour laisser le suspens, je commence par les lettres officielles.

La première me signale que le mandat de ma mère est passé et que mon compte est créditeur de 150€.
Je me retiens d'ouvrir les lettres manuscrites et ouvre la seconde officielle. Une lettre me signalant qu'un expert psychiatre passera prochainement pour m'analyser.

Enfin, les plus importantes à mes yeux. Je reconnais l'écriture d'Olivia, j'ouvre sa lettre.

Olivier,

Pour commencer, sache que je suis à fond de ton côté, et que même si ce que tu as fais est grave, je sais que tu ne l'as pas fait pour rien. Pour préserver ta sœur.

Je pense chaque jour, minute, seconde à toi. Je pleure beaucoup. Mais je sais que tu reviendras vite, la seule chose que je te demande, c'est de revenir entier. Je ne peux pas me permettre de dire que je connais l'univers carcéral, mais je pense que ce doit être difficile pour toi, amoureux de la liberté ( et de moi ! ).

Je viens aussi souvent que possible rendre visite à ta mère qui vient d'avoir le droit de parloir. Elle me racontera quand elle t'aura vu mais tu ne peux pas t'imaginer comme je suis impatiente de savoir comment tu te portes.
Tu me manques vraiment trop, quand tu sortiras, nous ferons l'amour comme des fous ! mais je n'ose trop en dire car je suppose que ton courrier est lu.

Au lycée, tout le monde parle de toi. Tout le monde me questionne, mais je ne réponds pas. Mais il est presque amusant d'entendre toutes les différentes versions que j'ai pu entendre.

Tu sais, je vais presque tous les jours chez ta famille, prendre des nouvelles ( que je n'ai pas ). Mais comme le dit ta soeur, ceci n'est qu'un passage de notre vie (et surtout de la tienne), quelques mois et la vie reprendra son cours..

En tout cas, garde le courage que tu as, et quand tu vas mal, pense à moi, à nos meilleurs moments passés ensemble.

En ce qui concerne Luc, il est sorti de l'hôpital, heureusement que tu n'as pas touché des endroits vitaux, mais je suppose que c'était volontaire.

Si tu as besoin d'argent, fais-le moi savoir, car ta mère m'a dit qu'elle s'en occupait mais je ne sais pas combien elle t'a envoyé.

Réponds-moi vite s'il te plaît, j'ai besoin de tes nouvelles, de savoir ce que tu fais.
Je t'aime,

Olivia.


Bien que la lettre ne soit pas la plus romantique qu'Olivia ait pu m'écrire, je suis ému. Cette même boule dans la gorge. De la tristesse mélangée à de la joie. Triste car Olivia est loin de moi, heureux car elle ne m'en veut pas. J'avais tellement peur qu'Olivia ne veuille plus de moi à cause de ce que j'ai fait.

Je relis la lettre trois fois, je réponds sur quatre pages, puis ouvre la seconde lettre manuscrite : ma sœur Amandine.

Amandine est très sportive, elle a vingt-deux ans et ne vit que par le sport. Je m'arrête sur un passage de la lettre :

(...) Un conseil, fais de la musculation dans ta cellule si tu n'as rien à faire ! On peut créer beaucoup de gestes musculaires sans instruments ! Exemple pour muscler les cuisses :
Squash : Tu t'accroupis, les mains à plat contre le sol. Et tu utilises d'un coup tes jambes comme un ressort pour sauter le plus haut possible en levant les bras. Répète ce geste par série de trente (...)


Amusant, je vais essayer.

Je fais donc, au milieu de ma cellule mes exercices de squash. Je n'ai jamais étais très « danseur » et mes gestes sont très maladroits et manquent beaucoup de grâce. Je dois plus ressembler à un singe qu'à un prof d'aérobic, mais tant que ça muscle. Je prends appui sur mes jambes accroupies, les mains à plat contre le sol, je saute, je lève les bras et, alors que je décolle du sol, la porte s'ouvre.

Un surveillant m'observait par l'œillet, pendant ma gymnastique originale. Il entre dans ma cellule très brusquement, le regard paniqué en criant :

- Soz !!! Soz !! Est-ce que ça va ?!!! que t'arrive-t-il ??! Il fait une crise !! Il fait une crise !!!


Je le fixe, très gêné, sans savoir quoi dire. Je réalise que en effet, ça doit être très surprenant de voir un détenu, par l'œillet, sauter bêtement dans tous les sens dans sa cellule.

- Il m'arrive rien, surveillant, je fais ma gym quoi.
- Ah putain ! Le con ! Tu m'as foutu les boules !
- Surveillant.. Un peu de tenue !
- Ahaha ! sérieusement, Soz, je pensais que tu avais un problème, bon c'est l'heure de la promenade tu veux sortir ?
- Déjà ? ah non, je sors pas, je lis mon courrier.
- Très bien, salut.
- Et au fait, surveillant, vous pouvez repasser dans une heure pour que je vous donne mes fiches de cantine, j'ai reçu un mandat et j'aimerais bien commander quelques petits trucs.
- Ouais ok tu mettras un drapeau..
- D'accord.


Je lis mon courrier toute la matinée, et le relis en mangeant un repas que l'on me sert ce midi dans une barquette en plastique, digne d'un restaurant gastronomique !

Je m'assieds face à la table et coche ce que je veux commander. Je sors la feuille de cantine rouge, dédiée à l'achat de nourriture. Des pâtes, du thon, des raviolis (je déteste ça mais au moins je ne mangerai pas tout d'un coup), des fruits, des canettes de sodas, des cigarettes, du tabac à rouler et des feuilles pour éviter les pannes de cigarettes, étant donné que je ne peux pas en commander tous les jours, des biscuits, de la farine, du lait, des œufs et du chocolat. Puis, place à la feuille bleue, pour l'achat de matériel. Un toto. Un couteau et un miroir petite taille (pour me permettre de mieux voir les détenus à qui je m'adresse lorsque je parle à la fenêtre).
Il est déjà 21h00, la journée ne s'était jamais écoulée aussi rapidement, quel bonheur de recevoir du courrier, je ne sais pas si les gens dehors se rendent compte à quel point c'est plaisant. Je déroge à ma décision de la veille, je préfère m'endormir en imaginant mes amis, ma famille, donnant une grande fête pour ma sortie de prison, plutôt que de faire des Maths.
Par Olivier Soz
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Présentation

  • : Le blog de Olivier Soz
  • Le blog de Olivier Soz
  • : bois prison cellule prisonnier Vie perso / Journal intime
  • : Olivier, 17 ans, incarcéré à la maison d'arrêt de Bois d'Arcy pour une affaire de vengeance, découvre l'univers carcéral. Il raconte sa vie en taule au jour le jour, ses six mois à vivre comme « une racaille pour se faire respecter ». A travers le récit, il détaille le racket, les passages à tabac pendant les promenades, les tentatives de suicides, le mitard, les relations avec les surveillants et le fonctionnement de l'administration pénitentiaire. La suite du récit au jour le jour.
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