26

Publié le par Olivier Soz

Je prends un ton de racaille :

- Ecoute moi bien, ici t'es en prison, tu connais personne, t'es tout seul. Si tu veux pas avoir de souci, tu me donnes tes baskets et ton pull.

- D'accord.

- Ok, et si tu me balances, là t'es mort.


Il enlève son pull et ses baskets sans broncher, je fais l'échange et lui dis de partir maintenant. Il part en marchant lentement.

Je vais vers Kalidou, et marche avec lui dans la promenade en faisant comme s'il ne s'était rien passé. Je ne veux pas parler de ce que je viens de faire.

Ramdam, un détenu avec qui je n'ai pas spécialement d'affinité vient vers nous.

- Olivier, t'as vu c'est un Levis son jean, pourquoi tu lui as pas pris ?
- C'est bon, j'pense que j'ai gagné ma journée là...
- Vas-y j'vais lui prendre moi !

Ramdam est le genre de détenu qui attend qu'une personne soit catégorisée comme victime et bien humiliée pour récupérer les restes. Le vautour du documentaire que j'ai vu cet après-midi.

- C'est bon, laisse-le tranquille, à force il va nous balancer...

Mais, ne prêtant pas attention à ce que je lui ai dit, il va vers Cedric et échange son jean contre son survêtement déchiré.

Les surveillants sifflent la fin de la promenade. Comme à chaque fois, par pure provocation, les détenus font exprès de mettre quinze minutes avant de tous sortir. C'est si amusant de voir les surveillants à l'entrée de la promenade sans oser y pénétrer. Je ne sais pas s'ils ont l'ordre de ne pas mettre un pied dans la promenade ou bien si c'est eux qui préfèrent ne pas s'y aventurer, mais d'un côté je les comprends, une mêlée est si vite formée.

Nous remontons dans nos cellules, je suis heureux que Cedric n'ai pas reçu de coup. Je ne suis pas spécialement un grand pacifiste, mais j'ai vécu l'expérience du bizutage trop récemment.

Je suis allongé sur mon lit, je regarde une série américaine les yeux dans le vague. J'aime bien ce feuilleton, la musique de fin du générique me fait penser qu'une journée de plus s'achève.

Je consomme mon repas en restant sur ma faim puis j'enfile deux pulls, deux bas de survêtements et m'allonge sous mon drap et ma couverture pour essayer de me réchauffer.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article